mardi 28 mars 2006
Chemin de traverse
Par Jashugan, mardi 28 mars 2006 à 22:02 :: General - My Life
Cet après-midi je sortais de chez le médecin, rendez-vous pris par ma mère lors d'une de ses petites crises de parano, parce que j'avais mal à la gorge. Comme le cabinet n'est pas loin de chez moi, retour à pied. Je continuai tout droit, je tournai à droite, tiens, je connaissais cette rue. Mon cerveau me laissa un doute d'une demi-seconde avant de me révéler l'horrible vérité : c'était la rue de mon orthodontiste !
S'il existe un classement des femmes fermes, mon orthodontiste arrive en troisième place, juste après la gardienne de goulag ex-nageuse de l'Allemagne de l'Est, et la femme de Godzilla. Bourreau du KGB ou extorqueur de renseignements d'un groupe terroriste quelconque, je ne sais pas, toutefois sa technique d'amplification de la douleur était sacrément au point. Et tout ça sous couvert de bons sentiments. Il faut dire qu'avant 17 ans mes dents ne ressemblaient pas à grand chose, n'ayant pu avoir d'appareil plus tôt à cause de leur prix. Mais ce n'est pas une raison pour utiliser ses patients comme matériel d'expérience de torture raffinée.
Il y a qu'elle écartait l'intérieur de la joue de la dent lorsqu'elle pratiquait quelque opération visant à me donner le sourire ultra-bright. Pour cela elle poussait délicatement la joue vers l'extérieur, à l'aide de son index. Et plantait par là-même, avec toute la force dont elle disposait, un ongle long et aiguisé à l'endroit exact où un instrument métallique aurait failli faire du dégât. Je l'avais échappé belle, j'aurais pu avoir mal, ouf.
Il y a qu'elle enfonçait les couronnes (bout de métal entourant une molaire, pour tenir le reste de l'appareil en place) à coup de marteau ou assimilé, et trouvait particulièrement drôle l'idée de resserrer l'appareil bien plus que de normale pour "accélérer le processus". Humm, le plaisir de manger un sandwich en pensant à tout instant retrouver l'intégralité de ses incisives restées plantées dans le pain si on tire trop fort dessus.
Son associée, certainement camarade de peloton, avait une fois été chargée de m'arracher une dent. J'ai l'habitude, qu'on m'en arrache. Les quatre dents de sagesse y sont passé, ainsi que deux pré-molaires enlevées pour caser le reste de la famille trop serré. Une de ces deux pré-molaires fut la victime. Pour une raison ou une autre l'anesthésie n'avait pas pris, et je le remarquai lors du premier essai d'extraction. Je lui fit remarquer à l'aide de grands gestes et filets de bave volages (les moyens de communication d'une personne qui a deux mains et une pince dans la bouche sont assez limités). Elle s'arrêta, écouta ma complainte, puis se remit illico au travail en lâchant un "c'est qu'une sensation". Et qu'elle sensation ... Je m'en souviendrai toujours de ce bout de crâne qui grinçait, et que j'ai cru qu'on m'enlevait à la meuleuse. Je t'en ficherais de la sensation ... Ce fut ma première dent enlevée, autant dire que je n'envisageais pas avec une très bonne appréhension mon futur buccal.
La deuxième anesthésie prit, et la deuxième dent partit toute seule après mise en demeure. Ahh, la merveille de la technologie chimique. Pour les dents de sagesse, même combat, et surtout autre chirurgien dentaire, un vrai celui-là, pas loin de la retraite. Comme par magie, avec juste ce dérangement après-coup et ces repas uniquement constitués de glaces dus à l'incision de la gencive (elles étaient enfouies les malines).
Cette rue ne m'évoque pas forcément des souvenirs très plaisants, et je suis bien content de ne plus avoir à rencontrer ces deux harpies jusqu'à la fin des temps. Je pense que si un jour un ami mortel a une rage de dent, je saurai quelle adresse lui conseiller.